Les astronomes, ainsi que d’autres scientifiques comme les physiciens et les ingénieurs spécialisés dans l’espace, disposent de compétences particulières : observation précise, calcul des trajectoires, analyse d’images et maîtrise d’instruments optiques sophistiqués. Ces savoirs, développés à l’origine pour comprendre l’Univers, se sont révélés utiles dans plusieurs domaines militaires et de renseignement, notamment pour la navigation, la détection d’objets et la surveillance depuis l’espace.
Dans l’histoire, les connaissances astronomiques ont d’abord été utilisées pour des objectifs pratiques liés à la navigation et à l’exploration. Depuis l’Antiquité et jusqu’au XIXᵉ siècle, les marines militaires européennes utilisaient l’observation des étoiles pour déterminer la position des navires en mer. Les calculs de latitude reposaient sur la hauteur du Soleil ou de certaines étoiles au-dessus de l’horizon, tandis que la détermination précise de la longitude s’est développée au XVIIIᵉ siècle grâce à l’invention des chronomètres marins. Ces méthodes de navigation astronomique ont permis aux puissances maritimes comme la France ou le Royaume-Uni d’améliorer la cartographie des océans et d’organiser leurs expéditions militaires. L’astronomie a donc joué un rôle indirect dans le renseignement stratégique en améliorant la connaissance des routes maritimes et des territoires.
Au début du XXᵉ siècle, les astronomes et les physiciens commencent à être mobilisés plus directement dans certains programmes scientifiques liés à la défense. Durant la Seconde Guerre mondiale, de nombreux scientifiques issus de l’astronomie ou de la physique participent à des recherches sur les radars, les communications radio et la détection d’objets. L’astronome américain Donald H. Menzel, spécialiste de l’activité solaire, travaille ainsi avec la marine américaine pour étudier l’influence du Soleil sur la propagation des ondes radio. Les tempêtes solaires pouvant perturber les communications et les radars rendent ses recherches particulièrement importantes pour la fiabilité des transmissions militaires.
Durant la guerre, l’astrophysicien américain Fred Lawrence Whipple, travaille également au service du gouvernement au sein de l’Office of Scientific Research and Development, un organisme chargé de coordonner la recherche scientifique pour l’armée américaine. Il participe à des travaux liés aux contre-mesures radar et à la recherche militaire. Le développement du « chaff », une technique consistant à disperser dans l’air des milliers de petites bandes métalliques pour perturber les radars ennemis, résulte d’un effort collectif mené par des équipes scientifiques britanniques, américaines et allemandes pendant la guerre. Cette technologie a été utilisée par les bombardiers alliés lors des opérations aériennes à partir de 1943.
Après la Seconde Guerre mondiale, le rôle des astronomes et des spécialistes de l’espace prend une nouvelle dimension avec le début de l’ère spatiale et de la guerre froide. Le lancement du premier satellite artificiel, Spoutnik 1, par l’Union soviétique le 4 octobre 1957 marque le début d’une compétition technologique intense entre les États-Unis et l’URSS. Les astronomes sont alors mobilisés pour observer et suivre les satellites en orbite. Aux États-Unis, le programme Operation Moonwatch est lancé en 1956 par la Smithsonian Institution afin de créer un réseau mondial d’observateurs chargés de repérer visuellement les satellites et d’estimer leurs trajectoires.
Durant la guerre froide, les satellites espions deviennent l’un des outils majeurs du renseignement stratégique. Aux États-Unis, ces programmes sont placés sous la responsabilité du National Reconnaissance Office (NRO), une agence créée en 1961 dont l’existence est restée secrète pendant plusieurs décennies. Le NRO développe plusieurs générations de satellites de reconnaissance destinés à observer les installations militaires soviétiques, les sites de lancement de missiles et d’autres infrastructures stratégiques.
En parallèle, les astronomes et les ingénieurs jouent également un rôle dans la surveillance des objets en orbite autour de la Terre. Les États mettent en place des réseaux de radars et de télescopes destinés à suivre les satellites et les débris spatiaux. Aux États-Unis, le Space Surveillance Network permet de suivre des dizaines de milliers d’objets en orbite terrestre. Les calculs de trajectoire réalisés par les spécialistes de la mécanique orbitale permettent de prévoir les positions futures des satellites et de réduire les risques de collision dans l’espace.
Aujourd’hui, les spécialistes de l’astronomie, de l’astrophysique et de l’ingénierie spatiale continuent de jouer un rôle majeur dans le renseignement militaire grâce aux technologies spatiales et à l’analyse des données satellites. Les satellites d’observation de la Terre fournissent des images à haute résolution utilisées pour surveiller certaines zones, analyser des infrastructures ou observer des activités militaires. Ces images sont étudiées dans des centres spécialisés qui utilisent des techniques avancées de traitement d’image, d’intelligence artificielle et d’analyse géospatiale.
En France, ces activités impliquent des institutions clés comme le Centre national d’études spatiales (CNES) qui joue un rôle central dans la politique spatiale française. Le CNES, établissement public créé en 1961, est chargé de proposer et de mettre en œuvre la politique spatiale de la France en collaboration avec plusieurs ministères, dont ceux de la Recherche, de l’Économie et des Armées. Il participe au développement de nombreux programmes spatiaux civils et militaires.
Le CNES contribue notamment aux programmes de satellites d’observation utilisés pour le renseignement militaire. Parmi ces programmes figure le système Helios, développé à partir des années 1990 pour fournir à la France et à certains partenaires européens des images satellitaires à haute résolution. Depuis la fin des années 2010, ce système est progressivement remplacé par la Composante Spatiale Optique (CSO), une nouvelle génération de satellites d’observation militaire.
Les astronomes et les ingénieurs participent également aux programmes de surveillance spatiale destinés à détecter les objets en orbite et à protéger les satellites. En France, le radar GRAVES, mis en service en 2005, permet de détecter et de suivre les satellites circulant en orbite basse autour de la Terre. Les données recueillies sont analysées par des spécialistes capables de calculer les orbites, d’identifier les objets et d’évaluer les risques de collision.
Ainsi, le rôle des astronomes et des spécialistes de l’espace dans le renseignement militaire a profondément évolué au fil du temps. D’abord limité à la navigation et à la cartographie, il s’est progressivement étendu aux technologies radar, à la surveillance spatiale et à l’analyse des données satellites. Aujourd’hui, les connaissances issues de l’astronomie, de l’astrophysique et de l’ingénierie spatiale sont devenues importantes pour comprendre et surveiller l’environnement spatial, qui est désormais considéré comme un domaine stratégique majeur pour la sécurité et la défense des États.
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